Le David des Télécoms italien
Petite barbe et lunettes sages, c'est le David italien, qui a osé affronter les toutes-puissantes sociétés de téléphone mobile et a vaincu. Il a vingt-trois ans, habite au paradis - l'île d'Ischia, dans le golfe de Naples -, étudie les sciences politiques à Naples et a démontré deux choses aux Italiens : tout d'abord, que les jeunes s'intéressent à la vie de la cité et des citoyens, et ensuite que l'on peut obliger, avec l'aide de Bruxelles, de grandes entreprises à changer de comportement. L'Italie est en effet le seul pays d'Europe où le consommateur paie un droit fixe à sa compagnie de téléphone lorsqu'il achète une carte - 90 % des Italiens n'ont pas d'abonnement. Une anomalie qui a frappé le jeune Andrea D'Ambra, grand voyageur et curieux de nature. Le droit est le même pour toutes les compagnies. Il est proportionnellement plus élevé sur les petites sommes. Ce sont donc les enfants et les personnes âgées qui font les frais de l'entente. De retour d'un périple en Europe, Andrea écrit aux associations de consommateurs : « On ne peut rien faire », lui assurent-elles. Il s'adresse alors à l'Antitrust et à l'Agecom, l'autorité qui régit les télécoms. Pas de réponse. Têtu, le jeune homme contacte alors Bruxelles par simple courriel. Réponse immédiate : « Merci de nous avoir informés, nous examinons le dossier. » Parallèlement, il lance en avril dernier une pétition sur Internet. Objectif : réunir 50.000 signatures, le nombre suffisant pour déposer une proposition de loi. Il en récoltera... 810.000. Il est vrai qu'il est relayé par une partie des médias. Ainsi, Bepe Grillo, ancien comique reconverti en blogueur numéro un d'Italie, lui donnera un relais sur son site. Aiguillonnées par Bruxelles, les autorités commencent à prendre le dossier en main lorsque Pierluigi Bersani, ministre du Développement économique, reprend la balle au bond et inclut la suppression du droit fixe sur les recharges de téléphone dans son deuxième décret-loi sur les libéralisations. Les entreprises de télécommunications ont désormais trente jours pour se mettre en conformité avec la loi... Andrea D'Ambra n'a pas l'intention d'en rester là : il vient de créer un mouvement de consommateurs, « Génération active », pour partir à l'assaut d'autres anomalies. Une certitude : peu d'étudiants en sciences politiques ont accumulé en si peu de temps une telle expérience !

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